Synopsis De Akira Kurosawa Avec Tatsuya Nakadai, Tsutomu Yamazaki, Kenichi Hagiwara, Kota Yui, Shuji Otaki Long-métrage japonais . Genre : Aventure Durée : 152 min Année de production : 1980
« Kagemusha» d'Akira Kurosawa
1572 - Dans un Japon en proie à des guerres incessantes, Shingen Takeda, voudrait agrandir son territoire mais se heurte à d'autres chefs de clans prestigieux. Au cours d'une bataille, Shingen Takeda est blessé à mort. La nouvelle se répand vite chez ses ennemis, mais aucun n'a la preuve qu'il est vraiment mort. Fort de ce doute, celui-ci fait promettre avant de mourir à ses généraux de garder le secret de sa mort pendant trois ans, période durant laquelle il sera remplacé par un "Kagemusha" ou "ombre du guerrier". Ses qualités font du Kagemusha un seigneur aussi efficace et respecté que le vrai, ce qui lui vaut la jalousie du prince héritier, Katsuyori. Mais le stratagème est bientôt éventé...
Palme d'Or au festival de Cannes, ce film d'Akira Kurosawa, disparu en 1998, retrace la vie et la mort de Takeda Shingen. Ce grand général Japonais fut l'un des derniers Daimyos à s'opposer à l'unification du Japon par Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu. Dans le Japon de 1572, des clans se mènent une lutte permanente pour la domination du pays. Le chef du clan Takeda, Shingen, a pris la précaution de prévoir un double, appelé à jouer son rôle au cas où il disparaitrait. Shingen est tué lors du siège d'une forteresse. Selon ses dernières volontés, son double, son « Kagemusha » doit prendre sa place pendant 3 ans, afin de permettre à son clan de se renforcer pendant cette période. Contre toute attente, ancien voleur sauvé in extremis de la crucifixion pour servir de sosie au seigneur, le Kagemusha joue son rôle à la perfection et surprend les généraux du clan par la sagesse de ses réparties et son stoïcisme dans les batailles. Malheureusement, le fils de Shingen, jaloux d'avoir été écarté de la succession par son père avec un saut de génération au profit de son fils, le petit fils de Shingen, fou d'orgueil et désireux d'en découdre à tout prix pour prouver sa valeur supporte de plus en plus difficilement la tutelle du double. La révélation fortuite de l'identité du double précipitera le clan vers sa fin. Kurosawa a tourné un film magnifique, par son intrigue, le jeu des acteurs, la reconstitution des batailles avec des couleurs superbes qu'il a composées avec un soin méticuleux, et la tension permanente de la révélation possible de l'identité du double dont on pressent qu'elle amènera la fin de l'harmonie du clan. De très nombreux films de Kurosawa sont axés sur l'exacerbation morbide de la soif de pouvoir (le Château de l'Araignée), de la volonté de jouissance non satisfaite qui se transforme en rage (Chien enragé), de la jalousie (Ran), ou de l'orgueil, qui pousse les hommes vers leur propre mort. Ici, la jalousie et l'orgueil de Katsuyori provoquent la fin du clan Takeda, que la force et l'intelligence de Shingen et l'humilité et la ruse du Kagemusha avaient permis de préserver jusque là. Même si la référence à une tragédie précise de Shakespeare est moins marquée que pour le Château de l'Araignée (inspiré par Macbeth) ou Ran (adaptation tourmentée et masculinisée du Roi Lear), l'influence de la tragédie shakespearienne apparaît nettement à travers la mise en scène d'un gâchis tragique prévisible et irrésistible, même si la palette des forces destructrices de Shakespeare est plus large puisqu'elle aborde tour à tour la tragédie de la vengeance (Titus Andronicus, Hamlet), la haine irrationnelle (Roméo et Juliette), la jalousie (Othello), l'ambition (Macbeth), l'autoritarisme, l'orgueil et la jalousie (Le Roi Lear) et la prodigalité (Timon d'Athènes). Au-delà, Kagemusha peut aussi être considéré comme une critique implacable du système de commandement japonais, autoritaire, centralisé et clanique. Lorsque le chef est intelligent et avisé, les décisions prises sont généralement bonnes. Même en présence d'un chef effacé, le mode de décision fondé sur la discussion contradictoire entre les généraux du clan, avec une liberté d'expression de chacun, le chef ne jouant qu'un rôle d'arbitre, conduit également à des décisions mesurées et sages. En revanche, en présence d'un chef incompétent et animé de pulsions non suffisamment contrôlées, le mode de commandement autoritaire sans contre-pouvoirs suffisants conduit à avaliser ses décisions, même absurdes. En l'espèce, le jeune aristocrate fougueux qui a pris la succession du Kagemusha balaie d'un revers de main l'avertissement du vieux général du clan (scène de l'arc-en-ciel) et conduit son armée au massacre en s'obstinant dans une stratégie absurde, par trois fois, sans que les généraux pourtant aguerris, ne remettent en cause ses décisions absurdes.
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